
Réflexion sur l'exhortation apostolique du Pape Léon XIV, Dilexi Te ("Je t'ai aimé")
Sous le soleil sahélien brûlant, une mère porte son enfant à travers le sable, fuyant la violence qui a ravagé son village. Elle n'est pas seulement une réfugiée; elle est, selon les mots de Dilexi Te, "la chair même du Christ" (DT 3). Partout en Afrique, les femmes et les enfants déplacés représentent à la fois l'immense souffrance et l'espérance durable au cœur de la mission de l'Église aujourd'hui.
Dans sa première exhortation apostolique, Dilexi Te, Le pape Léon XIV place un amour inébranlable pour les pauvres au centre même du disciple chrétien. Signé sur la fête de saint François d'Assise et publié le 9 octobre 2025, le document souligne que le véritable amour pour le Christ est inséparable de l'amour pour les pauvres, retransformant la pauvreté non pas comme un malheur à mettre en danger mais comme une rencontre sacrée avec la présence de Dieu parmi les vulnérables. Comme l'écrit le Saint-Père:
« Dans cet appel à le reconnaître dans les pauvres et la souffrance, nous voyons révélé le cœur même du Christ, ses sentiments et ses choix les plus profonds, que chaque saint cherche à imiter » (DT 3).
La blessure et le témoin
Partout en Afrique, les visages las des femmes et des enfants déplacés portent cette vérité. Les conflits au Soudan, au Sahel et dans la Corne de l'Afrique, aggravés par la sécheresse et la désertification, ont déplacé des millions de personnes. Selon la Banque africaine de développement, plus de 36 000 réfugiés maliens, pour la plupart des femmes et des enfants, se trouvent actuellement en Mauritanie. La migration forcée est devenue non seulement une crise humanitaire, mais aussi une blessure morale et spirituelle profonde dans le Corps du Christ.

Ces femmes et ces enfants portent le fardeau le plus lourd : la faim, la violence et l'exclusion sociale. Pourtant, dans leur endurance, ils incarnent une théologie vivante de l'espérance et de la résilience. Comme le rappelle le regretté théologien Laurenti Magesa, notre humanité se mesure par notre capacité à « rendre la vie possible pour les autres ». À travers la lentille de Dilexi Te, la sagesse africaine, la théologie féministe et l'enseignement biblique convergent pour appeler l'Eglise et la société à redécouvrir la compassion, la justice et la puissance transformatrice de l'amour.
Les théologiennes africaines comme Mercy Amba Oduyoye et Musimbi Kanyoro nous rappellent que la souffrance des femmes est souvent invisible. Oduyoye avertit que quand la théologie ignore la douleur des femmes, elle déforme l'Evangile. Dans les camps de réfugiés en Afrique, les femmes et les enfants subissent la violence sexuelle, la faim et le rejet. Ils incarnent ce que le pape Léon XIV décrit comme « la chair blessée du Christ », dont les larmes crient non seulement pour la compassion mais aussi pour la justice.
L'option préférentielle pour les pauvres
Dans Dilexi Te, Le Pape Léon XIV insiste sur le fait que l'Eglise adopte une option préférentielle pour les pauvres, plaçant les plus vulnérables au cœur même de sa mission :
« Soucieux d'inaugurer un royaume de justice, de fraternité et de solidarité, Dieu a une place particulière dans son cœur pour ceux qui sont victimes de discrimination et opprimés, et il nous demande, son Église, de faire un choix décisif et radical en faveur des plus faibles » (DT 16).
Cette option préférentielle n'est ni exclue ni facultative; elle est une obligation morale et spirituelle. Dans le contexte de la migration forcée, elle exige que les femmes et les enfants aient un rôle central à jouer dans les soins pastoraux et les activités de plaidoyer systémiques. Fournir un abri, une éducation, une guérison psychosociale et une protection contre l'exploitation n'est pas simplement de la charité; c'est un devoir sacré, une expression concrète de l'amour du Christ dans le monde.
Les pauvres comme maîtres de l'Évangile
Dilexi Te défie l'Église de reconnaître que les pauvres ne sont pas seulement des bénéficiaires de l'aide, mais des enseignants vivants de l'Evangile:
« Les plus pauvres ne sont pas seulement des objets de notre compassion, mais aussi des enseignants de l'Évangile. Ce n'est pas une question de ‘porter' Dieu à eux, mais de le rencontrer parmi eux » (DT 79).
Les femmes et les enfants en migration forcée révèlent le Christ par leur résilience, leur espérance et leur foi durable. Leur vie transforme la souffrance en témoignage de l'amour de Dieu, transformant le récit de l'assistance passive en rencontre mutuelle—où l'Église apprend de ceux qu'elle cherche à servir.
Les pauvres comme maîtres de l'Évangile
Dilexi Te défie l'Eglise de reconnaître que les pauvres ne sont pas seulement des bénéficiaires de l'aide, mais des enseignants vivants de l'Evangile, incarnant la chair même du Christ dans leur vulnérabilité:
« Les plus pauvres ne sont pas seulement des objets de notre compassion, mais aussi des enseignants de l'Évangile. Ce n'est pas une question de ‘porter' Dieu à eux, mais de le rencontrer parmi eux » (DT 79).
Les femmes et les enfants en migration forcée portent la chair du Christ dans leur souffrance et leur résilience. Par leur espérance, leur foi et leur endurance, ils transforment la souffrance en témoignage vivant de l'amour de Dieu. Leur vie change le récit de l'assistance passive à la rencontre mutuelle—où l'Eglise non seulement sert mais apprend de ceux qu'elle cherche à élever. Dans leurs corps et leurs histoires, la présence du Christ est rendue tangible, nous appelant à la révérence, à la solidarité et à l'action.
Rencontrer Dieu dans la Vulnérable
Chaque acte de compassion envers les femmes et les enfants déplacés devient une rencontre avec Dieu:
"La rencontre des pauvres rencontre le Christ" (DT 79).
Par des actes d'hospitalité, de solidarité et d'accompagnement, l'Église rencontre la chair vulnérable du Christ présente dans la vie des personnes déplacées. La spiritualité africaine, enracinée dans Ubuntu, enseigne que la vulnérabilité n'est pas une faiblesse mais une interdépendance :
"Je suis parce que nous sommes" (Mbiti).
La prise en charge des déplacés devient ainsi une théologie vécue de la communion, où la dignité de chaque personne est inséparablement liée à la dignité de tous. La chair souffrante du Christ dans les pauvres incite l'Église à être une présence compatissante à la fois transformatrice et relationnelle, allant au-delà de la simple sympathie à la solidarité authentique. Dans chaque repas partagé, chaque enfant protégé, chaque oreille attentive, l'Église rencontre Dieu et participe à l'œuvre rédemptrice du Christ parmi les plus vulnérables.
Une action transformatrice au-delà de la charité
Le vrai disciple exige plus qu'un soulagement immédiat; il exige une action transformatrice qui donne le pouvoir, rétablit et renouvelle. Dilexi Te souligne que les pauvres ne sont pas des bénéficiaires passifs mais des participants actifs au renouvellement de l'Église et de la société (DT 87, 104). Les programmes dans les établissements de réfugiés qui fournissent aux femmes une éducation, des compétences professionnelles et des plateformes de plaidoyer incarnent cette vision de l'amour en action.
« Aucun chrétien ne peut considérer les pauvres simplement comme un problème de société; ils font partie de notre famille. Ils sont «un de nous» (DT 104).
De telles initiatives cultivent l'agence et l'espoir, allant au-delà de la charité paternaliste pour soutenir la transformation systémique et spirituelle. En honorant la chair du Christ présent dans les pauvres, l'Église manifeste un amour tangible, holistique et durable — enraciné dans la solidarité, la justice et la dignité inhérente à chaque être humain. De cette façon, l'Église non seulement sert, mais elle est également transformée par la présence vivante du Christ parmi les vulnérables.
De la compassion à la justice systémique
Le Pape Léon XIV souligne que l'amour authentique pour le Christ va au-delà des actes personnels de charité pour affronter les structures du péché et de l'injustice qui perpétuent la souffrance. Comme il l'écrit : « Là où persiste la pauvreté, le Corps du Christ est blessé ; là où l'amour rétablit la dignité, l'Église redevient entière ».
La solidarité, suggère-t-il, exige une action collective. La sagesse africaine nous rappelle que "un seul bracelet ne joue pas"—une responsabilité partagée. La compassion pastorale doit donc être associée à la défense prophétique, à la lutte contre la violence sexiste, à la traite des êtres humains et à la dégradation de l'environnement.
Comme Wangari Maathai l'a souligné avec perspicacité, « vous ne pouvez pas protéger les gens tant que l'environnement est détruit ». Dans cette vision, la justice et le soin de la création sont indissociables, exigeant que l'Eglise et la société travaillent ensemble pour restaurer la dignité, protéger la vie et promouvoir une transformation durable.
L'espoir et l'amour éternel
Dilexi Te se termine par une vision d'espoir :
« Les pauvres nous évangélisent ; ils révèlent le visage du Christ qui n'abandonne jamais son peuple » (conclusion TD).
Les femmes et les enfants déplacés témoignent de cet amour durable. Ils deviennent des messagers de l'Église elle-même, faisant preuve de résilience, d'espérance et de confiance inébranlable en Dieu au milieu de la souffrance.
Comme Stan Chu Ilo écrit, « souffrir et sourire, c'est proclamer que le mal n'aura pas la dernière parole, parce que l'amour a déjà conquis la tombe ».
Les femmes africaines qui nourrissent la vie dans l'adversité incarnent ce sacrement de l'espérance, appelant les communautés à agir avec compassion et courage. L'aube de l'amour durable émerge lorsque les sociétés considèrent les migrants non pas comme des fardeaux, mais comme des frères et sœurs à embrasser, quand les politiques sont façonnées par la miséricorde, quand les frontières deviennent des ponts, et quand les communautés religieuses choisissent d'accompagner l'abandon.
Appelé au témoignage d'amour
Dans les visages des femmes et des enfants déplacés, nous voyons la première lumière d'un jour nouveau — une lumière née de l'humanité partagée et de l'amour divin. Dilexi Te appelle l'Eglise et tous les gens de bonne volonté à vivre comme des témoins actifs, nous invitant à apprendre des pauvres, les reconnaissant comme des enseignants de l'Evangile qui révèlent la présence de Dieu par leur résilience et leur espérance. L'exhortation nous exhorte à donner la priorité aux vulnérables, en adoptant une option préférentielle pour les plus pauvres, et à rencontrer Dieu dans les marginalisés, afin que chaque acte de soin devienne une rencontre sacrée.
Pourtant, l'appel va au-delà de la compassion. Dilexi Te nous oblige à prendre des mesures de transformation en donnant aux femmes et aux enfants déplacés les moyens de participer activement à la relance de la société et de l'Église. Grâce à l'éducation, au développement des compétences, au plaidoyer et à l'accompagnement, leurs voix et leurs expériences contribuent à forger un monde plus juste et plus aimant. Dans ce voyage, il nous est rappelé de nourrir une espérance durable, reconnaissant que les pauvres nous évangélisent et révèlent le Christ face à un monde dans le besoin urgent de miséricorde, de justice et d'amour.
La migration forcée expose les blessures les plus profondes de l'humanité - guerre, cupidité, dévastation écologique mais dans ces blessures, l'amour divin demeure. Les femmes et les enfants qui souffrent le plus incarnent le visage vulnérable du Christ, appelant à notre réponse compatissante, courageuse et transformatrice.
"Je t'ai aimé avec un amour éternel" (conclusion TD).
Cet amour durable appelle chaque chrétien, chaque communauté de foi et chaque société à témoigner, servir et se transformer à la lumière des pauvres, ceux qui nous enseignent, nous défient et nous inspirent.
Dans cet appel, nous rencontrons le visage vulnérable du Christ chez les femmes et les enfants touchés par la migration forcée. Leurs vies, marquées par la résilience, l'espérance et la souffrance, révèlent la présence de Dieu et invitent l'Église à une compréhension plus profonde de l'amour, de la justice et de la solidarité. Chaque histoire d'endurance devient un témoignage vivant de l'Evangile, montrant que la compassion est inséparable de l'action et du plaidoyer.
Fondée dans l'Exhortation apostolique du Pape Léon XIV, Dilexi Te ("Je t'ai aimé"), cette réflexion est encore enrichie par la théologie africaine, l'espérance prophétique et la spiritualité de la résilience. Les déplacés ne sont pas seulement des bénéficiaires de soins; ils sont des enseignants actifs de l'Evangile. Leur courage, leur foi et leur persévérance non seulement transforment leurs communautés, mais aussi défient l'Église elle-même, exhortant tous les croyants à répondre avec compassion et justice.
En témoignant de leur vie, nous nous souvenons que l'amour est actif, durable et transformateur. En s'engageant avec les plus vulnérables, la société, les communautés religieuses et l'Église sont mises au défi de vivre l'Evangile de manière tangible, rendant visible la présence de Dieu dans un monde souvent caractérisé par la souffrance, l'exclusion et l'injustice.



1 commentaire
Dilexi Te met au défi l’Église de reconnaître que les pauvres ne sont pas seulement des bénéficiaires d’aide, mais des enseignants vivants de l’Évangile. Cette analyse est capitale car elle bouleverse nos différentes considérations, nos manières d’agir et de comprendre l’Evangile. Félicitations sœur Jane pour cette herméneutique de ce document magistériel.