
Le Saint-Siège a confirmé cette semaine, par l'intermédiaire du cardinal Pietro Parolin, qu'il ne participera pas au projet de « Conseil de paix » du président américain Donald Trump sur la Palestine, selon un rapport de Reuters. La raison du Vatican était simple et conforme à sa tradition diplomatique : une crise de cette ampleur doit être traitée par des institutions multilatérales légitimes, surtout l'ONU. Le Saint-Siège ne pense pas qu'un seul État, aussi puissant soit-il, devrait créer des structures parallèles qui risquent de contourner le droit international et d'affaiblir la fragile architecture de la paix mondiale qui a été construite avec soin après la catastrophe de la Seconde Guerre mondiale.
La décision du Saint-Siège est un acte de prudence. C'est aussi une réaffirmation d'une conviction catholique clairement exprimée depuis Jean XXIII's Pacem in Terris (1963): que la paix entre les nations doit être enracinée dans la loi, et non dans le pouvoir unilatéral. C'est aussi une affirmation du principe de subsidiarité et de coresponsabilité qui pourrait se résumer dans le principe fondamental de l'enseignement social catholique: rien de moi sans moi.
La paix entre les nations doit être ancrée dans le droit et non dans le pouvoir unilatéral. »
Dans une interview récente relatée dans le journal italien Il Sole 24 Ore, le Patriarche latin de Jérusalem, le cardinal Pierbattista Pizzaballa, a rejeté le Conseil de la paix comme une « opération colonialiste » parce qu'il ignore les voix des Palestiniens. L ' ONU, en dépit de ses inégalités structurelles et du droit de veto exercé par les prétendues grandes puissances du Conseil de sécurité, demeure la seule instance universellement reconnue pour régler des différends de cette ampleur. Il porte une légitimité juridique et morale d'une manière qu'aucun conseil diplomatique ad hoc ne peut.
Le conflit israélo-palestinien n'est pas un conflit sans parallèles et paramètres juridiques internationaux. La communauté internationale a pris la parole à plusieurs reprises. La résolution 242 (1967) du Conseil de sécurité des Nations unies a appelé Israël à se retirer des territoires occupés pendant la guerre de six jours et a affirmé le droit de chaque État de la région de vivre en paix. La résolution 338 (1973) a réaffirmé 242 et appelé à des négociations. La résolution 446 (1979) déclare que les colonies de peuplement israéliennes dans les territoires occupés n'ont « aucune validité juridique ». La résolution 2334 (2016) décrit l'expansion des colonies de peuplement comme une « violation flagrante » du droit international et un obstacle à la paix. Ces résolutions n'ont pas mis fin au conflit. Mais ils établissent que la question de l'occupation et du règlement n'est pas moralement ambiguë en droit international.
En juillet 2024, la Cour internationale de Justice (CIJ), répondant à une demande de l'Assemblée générale des Nations Unies, a émis un avis consultatif concluant que la poursuite de l'occupation des territoires palestiniens par Israël est illégale et doit cesser le plus rapidement possible. Cela fait suite à son avis consultatif de 2004 déclarant la construction de la barrière de séparation à l'intérieur du territoire occupé contraire au droit international. La CIJ ne poursuit pas les individus; elle clarifie les obligations juridiques des États.
La Cour pénale internationale (CPI) traite de la responsabilité pénale individuelle. Le 20 mai 2024, le Procureur de la CPI Karim Khan a demandé des mandats d'arrêt contre le Premier Ministre israélien Benjamin Netanyahu et le Ministre de la défense Yoav Gallant pour des allégations de crimes de guerre et de crimes contre l'humanité, en particulier l'utilisation de la famine comme méthode de guerre. Dans la même demande, il a demandé des mandats d'arrêt contre les dirigeants du Hamas Yahya Sinwar, Mohammed Deif et Ismail Haniyeh pour des crimes tels que le meurtre, l'extermination et la prise d'otages lors des attaques du 7 octobre. L'importance juridique de cette application parallèle est incontestable : le droit pénal international s'applique à toutes les parties. Aucun état n'est au-dessus. Aucun mouvement armé n'en est exempté.
Le Conseil de la paix proposé risque d'écarter les cadres juridiques internationaux établis et cherche à faire la paix par la mise en œuvre du plan en 20 points de Trump, qui ne traite pas de certaines de ces violations légales par l'État d'Israël, en particulier sous le gouvernement actuel.
Ce qui s'est passé le 7 octobre 2023 était une rupture morale. Le meurtre délibéré de civils israéliens et l ' enlèvement d ' otages ont constitué un acte de terreur qui ne peut être justifié. La théologie morale catholique ne laisse aucune place à l'équivocation ici. Le ciblage des innocents est intrinsèquement mauvais. Mais la clarté morale ne doit pas être sélective.
La réponse qui a suivi a dévasté Gaza à une échelle qui a choqué la conscience du monde. Selon les organismes des Nations Unies et les organisations humanitaires, des dizaines de milliers de Palestiniens ont été tués, dont un grand nombre de femmes et d ' enfants. Grandes parties des infrastructures civiles—maisons, hôpitaux, écoles et systèmes d'eau—ont été détruits. De graves restrictions à la nourriture, aux fournitures médicales et au carburant ont créé des conditions humanitaires catastrophiques. Que l'on utilise le langage du génocide, de la guerre disproportionnée ou des crimes contre l'humanité, le poids moral de la dévastation ne peut être écarté.
La théorie catholique de la juste guerre exige une discrimination entre les combattants et les non-combattants et la proportionnalité dans le recours à la force. La punition collective est interdite. La famine des civils en tant que méthode de guerre est interdite par le droit international humanitaire.
Si le terrorisme est condamné parce qu'il vise les innocents, alors la violence d'État qui détruit les innocents ne peut être moralement licite simplement parce qu'elle est menée par un gouvernement. »
Il faut poser des questions inconfortables. Serait-il moralement licite de détruire tout un avion de passagers pour éliminer un terroriste à bord? Serait-il justifié de tuer des centaines de civils pour éliminer un commandant militant ou sauver un seul otage? Le droit de légitime défense, affirmé en droit international, n'est pas absolu. Elle est limitée par le raisonnement moral et les normes humanitaires. Gaudium et Spes (79–80) avertit que tout acte de guerre visant sans discrimination la destruction de populations entières est un crime contre Dieu et l'humanité.
Le conseil de paix proposé par le président Trump reflète un instinct unilatéral dans la diplomatie américaine qui s'est développé ces dernières années. Mais le Saint-Siège signale quelque chose de plus profond. La paix entre Israël et la Palestine ne peut être négociée en excluant une des parties principales ou en contournant le cadre juridique établi par la communauté internationale.
"Rien à propos de nous sans nous" n'est pas seulement un slogan. Elle fait écho aux principes catholiques de participation et de subsidiarité. Papes successifs—en particulier Benoît XVI et François—ont toujours soutenu une solution à deux États : un Israël sûr et une Palestine souveraine vivant côte à côte à l'intérieur de frontières internationalement reconnues. La solution des deux États reste la position officielle de l ' Organisation des Nations Unies et du Saint-Siège parce que les solutions de remplacement—occupation permanente, annexion ou guerre sans fin—n'offrent aucun horizon moral ou juste l'avenir.
La voie à suivre exige du courage moral de tous les côtés. L'accès humanitaire doit être garanti sans entrave. De sérieuses négociations vers un État palestinien viable aux côtés d'Israël et la reconstruction de Gaza doivent reprendre sous supervision internationale, et non par le biais d'un Conseil de la paix conçu par une seule nation.
La paix véritable n'est pas fabriquée par le pouvoir mais construite patiemment par la justice, la responsabilité et l'humanité partagée. »
Le meurtre des innocents—Israéliens ou Palestiniens—est toujours une offense contre Dieu et l'humanité. Le rôle de l'Eglise n'est pas de s'aligner sur les blocs géopolitiques, mais d'insister pour que chaque vie humaine porte une dignité inviolable. En se retirant du conseil de paix proposé par le président Trump, le Saint-Siège a réaffirmé que la paix véritable n'est pas fabriquée par le pouvoir, mais construite patiemment par la justice, la responsabilité et l'humanité partagée. Dans un monde de plus en plus tenté par l'unilatéralisme et la force brute, ce genre de témoignage est important.


2 commentaires
Then why did the UN vote 13 to 0 to support the Board of Peace if the Vatican says the Board is excluding the UN?
A United Nations Security Council resolution endorsed the idea of the Board of Peace in a specific context.
In November 2025, the UN Security Council adopted a U.S.-drafted resolution (Resolution 2803) that welcomed President Donald Trump’s comprehensive plan to help end the Gaza conflict and referenced a “Board of Peace” as part of the framework to support post-war reconstruction and transition in the Gaza Strip. That vote passed with 13 members in favour and abstentions from China and Russi
The United Nations (specifically the Security Council) did support elements of Trump’s peace plan and referenced the Board of Peace in that limited context — particularly for helping implement reconstruction in Gaza. But this does not mean the UN broadly endorses or operates the Board of Peace as a permanent or global UN body or as a parallel body to the UN. The Board exists largely outside the UN system with contested legitimacy and limited and variable international support.