Évangélisation numérique pour la dignité humaine : mettre fin à la traite en Afrique

La traite des êtres humains exploite de plus en plus les espaces numériques, faisant de la technologie un outil de tromperie et d'exploitation. Dans cette interview opportune, Sr Leonida Katonge réfléchit à l'héritage durable de Saint Josephine Bakhita et à la mobilisation de l'évangélisation numérique motivée par la foi dans toute l'Afrique pour défendre la dignité humaine, protéger les personnes vulnérables et lutter contre la traite par la prière, la vérité et l'action collective.

VoixAfrique : Nous avons vu plus de vidéos et d'articles mettant en lumière Saint Josephine Bakhita, avec l'Unité anti-trafic humain du Réseau panafricain de théologie et de pastorale catholique (PACTPAN), également connue sous le nom d'Armée anti-trafic humain PACTPAN, jouant un rôle de premier plan. Pouvez-vous nous dire brièvement qui elle était et pourquoi sa vie et son héritage comptent aujourd'hui ?

Leonida Katonge : Saint Josephine Bakhita est née vers 1869 au Darfour, au Soudan. Jeune enfant, elle a été enlevée par des marchands d'esclaves, arrachée à sa famille, et vendue à plusieurs reprises dans les marchés d'esclaves du Soudan. Si brutale fut son expérience qu'elle oublia son nom de naissance ; ses ravisseurs l'appelèrent Bakhita, ce qui signifie "la chanceuse", une ironie cruelle imposée par ceux qui la traitaient comme une propriété plutôt que comme une personne. Elle a subi des sévices physiques, du travail forcé et des déplacements répétés à travers les frontières, portant sur son corps et dans sa mémoire les blessures de l'esclavage.

Sa vie a changé quand elle a été vendue à une famille italienne et amenée en Italie, où elle a rencontré le christianisme pour la première fois. Là, Bakhita a découvert un Dieu qui n'a pas dominé ni exploité, mais aimé, souffert et libéré. Lorsque ses anciens propriétaires ont tenté de la récupérer, les tribunaux italiens ont jugé que l'esclavage était illégal, reconnaissant sa liberté. Cette décision juridique a marqué un tournant: pour la première fois, Bakhita a vécu ce que cela signifiait appartenir à elle-même.

Poussée par la foi, elle entra dans les Sœurs Canaries et vécut une vie tranquille de service, de prière et d'humilité. Connue pour sa douceur, son pardon et sa profonde confiance en Dieu, elle n'a porté aucune haine envers ceux qui l'avaient asservie. Au lieu de cela, sa vie est devenue un témoin du pouvoir de l'Évangile de guérir la mémoire et de restaurer la dignité. En 2000, le Pape Saint Jean Paul II l'a canonisée et l'a présentée à l'Église comme un signe universel d'espérance pour toutes les victimes de l'oppression.

La dignité humaine n'est pas conférée par la société et ne peut être effacée par la violence; elle est enracinée dans la création à l'image de Dieu. »
– Sr Leonida Katonge

Théologiquement, Bakhita proclame une vérité centrale de la foi chrétienne : la dignité humaine n'est pas conférée par la société et ne peut être effacée par la violence. Elle est enracinée dans l'image de Dieu. À une époque où la traite est de plus en plus facilitée par les plateformes numériques—où les êtres humains sont recrutés, annoncés et en ligne—Bakhita est une contradiction prophétique. Elle nous rappelle que même lorsque le monde réduit les gens aux données, aux clics et aux profits, Dieu appelle toujours chaque personne par son nom.

Pour nous aujourd'hui, Bakhita n'est pas seulement une sainte du passé, elle est une patronne de résistance, de guérison et d'espérance. Elle inspire notre armée à se battre—pas avec des armes—mais avec la vérité, la prière, la solidarité et l'action courageuse, proclamant qu'aucune forme d'exploitation n'a la parole finale sur la personne humaine.

VoixAfrique : Nous comprenons que vous préparez un événement important pour marquer sa fête. Pourriez-vous nous en dire plus sur le programme et sur ses objectifs?

Leonida Katonge : La campagne de St Josephine Bakhita contre la traite des êtres humains a lieu le 8 février, lorsque l'Église célèbre sa fête. En 2026, sa fête tombe un dimanche. 6-7 février 2026. Ce sera une réponse religieuse à l'échelle du continent coordonnée par PACTPAN Armée anti-traite des êtres humains.

Cette année— "L'évangélisation numérique pour la dignité humaine: mettre fin à la traite en Afrique"—articule notre stratégie avec clarté et urgence : nous réclamons les médias sociaux comme un anti-virus contre le virus très numérique qui alimente la traite des êtres humains. Ce que les trafiquants utilisent pour tromper, recruter et exploiter, nous nous transformons délibérément en instruments d'éducation, de protection et de libération.

6 février 2026 – Jour Une est ancrée dans la prière et le culte. À travers une célébration mondiale de la Messe, une veillée aux chandelles, l'Écriture, le silence et les intercessions conduites par des représentants de divers pays africains, nous affirmons que cette lutte est avant tout spirituelle. Les victimes et les survivants sont placés au cœur de notre prière, et les espaces numériques sont confiés à Dieu guérissant et réconciliant la lumière.

7 février 2026 – Jour Deux l'armée se met en action visible et coordonnée. Dans tous les pays, les équipes tiendront des séances de sensibilisation à l'école et aux paroisses, des dialogues communautaires, des activités de sensibilisation à la radio et à la télévision, des campagnes sur les médias sociaux et des activités de plaidoyer dirigées par les jeunes. Ces efforts aboutiront à un rassemblement continental avec des témoignages de survivants, des expressions créatives, des déclarations d'engagement public, et le lancement de la 2025 Rapport de campagne (couvrant la première année de l'initiative). Nous serons également honorés d'accueillir un discours liminaire de l'OLP Lumumba sur la responsabilité des gouvernements et des institutions de l'État dans la lutte contre la traite des êtres humains.

Ce que les trafiquants utilisent pour tromper, recruter et exploiter, nous nous transformons délibérément en instruments d'éducation, de protection et de libération. »
– Sr Leonida Katonge

Notre but est à la fois simple et exigeant : unir la prière, la formation et le témoignage public en un seul mouvement coordonné qui défend la dignité humaine et affronte la traite avec foi, courage et détermination collective.

VoixAfrique : C'est la deuxième année de cette importante campagne. Pourriez-vous partager des résultats positifs ou des progrès que vous avez vus jusqu'ici?

Leonida Katonge : Notre campagne St Josephine Bakhita incarne cette vérité avec clarté et conviction. Grâce à l'évangélisation numérique, nous tisserons de nombreux "petits fils"—prières et témoignages, vidéos et messages de médias sociaux, voix des jeunes, initiatives paroissiales, efforts de plaidoyer et histoires de survivants. Individuellement, ces actions peuvent sembler fragiles. Ensemble, ils forment un réseau fort et résilient capable de contenir le lion de la traite des êtres humains et d'exposer ses mensonges.

Lorsque les églises, les jeunes, les gouvernements et les missionnaires numériques agissent en communion, la dignité humaine est défendue et la vie est protégée.»
– Sr Leonida Katonge

Théologiquement, ce mouvement reflète l'identité de l'Église en tant que Corps unique avec de nombreux membres (cf. 1 Corinthiens 12). Aucune personne, institution ou nation ne peut faire face seule à la traite. Mais lorsque les églises, les jeunes, les chefs religieux et laïcs, les gouvernements et les missionnaires numériques agissent en communion, la dignité humaine est défendue et la vie est protégée.

Alors que nous entrons dans la deuxième année de cette campagne, les fruits sont déjà visibles : la collaboration entre les pays africains s'est intensifiée; les jeunes sont apparus comme missionnaires numériques parlant leur langue; et les communautés religieuses sont de plus en plus vigilantes, informées et courageuses pour nommer et résister à la traite. Plus important encore, les survivants ne sont plus réduits au silence ou aux statistiques. Ils sont placés au centre—comme porteurs de sagesse, de résilience et d'espérance—témoigner que la guérison est possible et que la restauration est réelle.

Nous recueillons également des fonds pour aider les survivants, et certains ont déjà reçu une aide. Nous sommes impatients d'en aider beaucoup d'autres.

VoixAfrique : Pensez-vous que la campagne est de sensibiliser efficacement? Quels défis ou obstacles majeurs avez-vous rencontrés?

Leonida Katonge : Oui, la campagne sensibilise—en particulier parmi les jeunes et les communautés religieuses—Mais la bataille est loin d'être terminée. Les trafiquants se déplacent rapidement, exploitent l'anonymat numérique et s'adaptent rapidement. La peur, la stigmatisation, les ressources limitées, la faiblesse de l'application des lois et la désinformation numérique continuent d'entraver les progrès.

C'est pourquoi notre stratégie est délibérée. Nous inondons les espaces numériques de vérité pour contrer les mensonges, la lumière pour contrer les ténèbres et la solidarité pour contrer l'isolement. Grâce à une messagerie coordonnée et à une présence en ligne dans la prière, nous réclamons les médias sociaux comme un espace de protection et de proclamation. Nous agissons ensemble comme une armée de conscience, franchissant les frontières, les langues et les cultures pour une mission.

VoixAfrique : Enfin, quel message d'espoir aimeriez-vous partager avec les victimes et les survivants, et quel appel à l'action adresseriez-vous aux institutions et aux gouvernements?

Leonida Katonge : Aux victimes et aux survivants, notre message est inébranlable :

Tu n'es pas oublié.

Vous n'êtes pas défini par votre traumatisme.

Votre dignité n'a jamais été volée.

Comme saint Josephine Bakhita, votre vie peut devenir une source de guérison et d'espoir pour les autres.

Pour les gouvernements et les institutions, notre appel est urgent et clair : la traite des êtres humains n'est pas une tragédie privée—c'est un péché structurel et une grave injustice. Pour y mettre fin, il faut des lois justes, une application efficace, une responsabilité éthique numérique, des soins axés sur les survivants et une collaboration soutenue. Aucune institution ne peut gagner seule cette guerre.

C'est une bataille commune pour l'âme de nos sociétés. La dignité humaine n'est pas facultative. C'est non négociable. Ensemble, en tant qu'armée unie, nous choisissons de nous battre pour elle.

Auteurs

  • VoixAfrique Analyse des nouvelles catholiques

  • Oblate missionnaire nigérian, étudiant au doctorat, théologien, assistant de recherche et professeur à temps partiel à l'Université Saint-Paul à Ottawa.

    Avec plus de huit ans d'expérience missionnaire parmi la Première nation innue au Québec, il explore comment la sagesse, l'identité postcoloniale et les récits peuvent renouveler la théologie et la mission. Son travail cherche à écouter profondément les Échos de l'Esprit de la Forêt et dans « toutes nos relations ».

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