Le Réseau panafricain de théologie et de pastorale catholiques (PACTPAN), une communauté d'Africains engagés dans le caractère sacré de la vie, le caractère sacré de notre terre et la fraternité universelle de nos peuples, exprime sa vive préoccupation face à la détention continue d'un prêtre catholique en Ouganda et à la répression croissante contre les acteurs de la société civile, les manifestants pacifiques et les membres du clergé.
La liberté d'expression et le droit de manifester pacifiquement sont des droits de l'homme inaliénables. De notre conviction chrétienne, ils sont aussi des dons de Dieu enracinés dans la dignité humaine"
L'arrestation et la détention du père Deusdedit Ssekabira, aux côtés de nombreux militants des droits civils, reflètent une tendance inquiétante et récurrente en Ouganda. Cette situation soulève de sérieuses questions quant à la volonté du gouvernement de protéger ses citoyens, de défendre les droits constitutionnels et de garantir la liberté d'expression et de réunion pacifique.
Ces dernières années, plusieurs incidents ont été signalés. Le 23 juillet 2024, la police a arrêté plus de 45 Ougandais qui exerçaient pacifiquement leurs droits constitutionnels en demandant à ceux qui étaient élus de les représenter de rendre des comptes. De même, le 1er août 2025, douze jeunes défenseurs de l'environnement et de la justice climatique ont été arrêtés. Leur seule « infraction » était de rechercher la justice et une gouvernance responsable.
Le cas du père Deusdedit Ssekabira, qui aurait été enlevé le 3 décembre 2025 et détenu au secret pendant des semaines, est particulièrement alarmant. Sa détention contraste avec les promesses du gouvernement actuel. Les Ougandais rappellent toujours avec espoir l'engagement pris en 1986, lorsque le Président Yoweri Museveni a affirmé que les Ougandais ont droit à la gouvernance démocratique—Pas comme une faveur, mais comme un droit. Ce que nous voyons aujourd'hui semble être un douloureux écart par rapport à cette promesse.
Ce dont nous sommes témoins aujourd'hui semble être un départ douloureux de la promesse que la gouvernance démocratique est un droit et non une faveur. »
Le recours croissant aux forces de sécurité pour réprimer les voix civiques risque de faire tourner les Ougandais les uns contre les autres et de saper la confiance dans les institutions publiques. Nous rappelons à la police et à l'armée leur devoir juré de protéger tous les Ougandais.—indépendamment de l'appartenance politique, de l'opinion ou de la position sociale. Nous demandons également au Président de se souvenir de sa responsabilité en tant que chef de toute la nation, y compris les critiques, les membres de l'opposition et les dissidents pacifiques.
La liberté d'expression et le droit de manifester pacifiquement sont des droits de l'homme inaliénables. De notre conviction chrétienne, ils sont aussi des dons de Dieu enracinés dans la dignité humaine. L'arrestation et la détention continue du père Deusdedit et d'autres militants constituent une violation de ces droits, une atteinte à la dignité humaine et une trahison de l'héritage moral que nous ont confié nos ancêtres.
Nous soulignons que le père Deusdedit et les militants détenus ne sont pas des ennemis de l'État. Ils ne sont pas la cause des difficultés auxquelles sont confrontés les Ougandais. La protestation n'est pas un crime. Leur lutte s'inscrit dans le cadre d'un effort plus large visant à assurer un avenir où les générations futures pourront hériter d'une nation fondée sur la justice, la responsabilité et l'espoir.—le rêve même de la vision fondatrice ougandaise.
La force d'une nation ne se manifeste pas par le silence de ses citoyens, mais par sa capacité à écouter, à dialoguer et à protéger la dignité de tous. »
PLAN D'ACTION demande donc:
• La libération immédiate et inconditionnelle du père Deusdedit Ssekabira et de toutes les personnes détenues dans le cadre d ' une action civique pacifique;
• La fin de l'intimidation et du harcèlement du clergé, des militants et des manifestants pacifiques;
• L'ouverture d'un véritable dialogue national entre les chefs religieux, la société civile et les acteurs politiques sur la protection de l'espace civique et des libertés démocratiques.
Enfin, nous réaffirmons notre solidarité dans la prière avec le peuple ougandais. Nous appelons les dirigeants de la nation à agir avec sagesse, retenue et courage moral, et à travailler en collaboration avec les mouvements religieux et civils pour construire une paix juste et durable. La force d'une nation ne se manifeste pas par le silence de ses citoyens, mais par sa capacité à écouter, à dialoguer et à protéger la dignité de tous.
Publié par le Réseau panafricain catholique de théologie et de pastorale (PACTPAN).
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