Dans un moment historique pour le catholicisme africain, le Symposium des Conférences épiscopales d'Afrique et de Madagascar (SECAM) a dévoilé une vision stratégique de 25 ans au IIIe Congrès panafricain du Jubilé catholique (PACTPAN) à Abidjan. Ce plan, décrit par les dirigeants de l'Église comme une feuille de route transformatrice, vise à redéfinir le rôle de l'Église africaine dans l'évangélisation, le leadership, l'autonomie et le renouveau sociétal. Développée à travers des années de réflexion théologique et de consultation à l'échelle du continent, cette vision n'a pas été présentée comme un idéal abstrait mais comme un cadre d'action pratique. Le message était clair: l'Église africaine s'engage résolument dans son avenir—avec courage, identité et but.
Une Église Synodale de Coresponsabilité
Le P. Alfred Bebodu a présenté la triple mission du SECAM: combattre les inégalités, défendre la dignité humaine et construire une Église qui sert et dirige. Un modèle synodal, qui met l'accent sur la fraternité, la responsabilité partagée et la gouvernance inclusive, est au cœur de cette mission.
Le P. Vitalis Anaehobi s'est développé sur la structure de la vision, décrivant 12 piliers fondamentaux. Les quatre premiers ont été soulignés ci-après :
Pilier 1 : L'évangélisation enracinée dans le témoignage
L'histoire de Cipriano Parite, un catéchiste mozambicain martyrisé pendant les troubles civils, a servi de puissant symbole de foi en l'action. Son sacrifice fait écho au mandat biblique de Matthieu 28:19: "Allez donc faire des disciples de toutes les nations." Les intervenants ont souligné que l'évangélisation en Afrique doit être à la fois explicite et transformatrice.—façonner la culture, renforcer les familles et guider la vie publique au-delà du culte du dimanche.
Deuxième pilier : De la dépendance à l'autonomie
Le diocèse de Wa au Ghana a présenté une transition réussie de l'aide étrangère à la durabilité locale grâce à des initiatives agricoles et à l'entrepreneuriat. Un proverbe zambien cité au cours de la session—"La main qui reçoit est toujours sous la main qui donne"—a souligné l'urgence de la maturité économique. Des exemples comme les projets agricoles financés par la paroisse de Kisumu ont montré que l'autonomie n'est pas seulement financière mais qu'elle reflète la dignité et l'intendance.
Troisième pilier : Le leadership en tant que famille
feu Mgr Zephyren Toé du Burkina Faso a été honoré comme un modèle de leadership pastoral enraciné dans les soins familiaux. Son engagement personnel avec les prêtres et leurs familles illustre un style de collaboration et de compassion. Des orateurs ont appelé à un leadership inspiré de l'humilité du Christ—l'écoute, l'autonomisation des jeunes et des femmes et la promotion de la transparence. Partout sur le continent, des exemples de gouvernance inclusive portent déjà leurs fruits.
Pilier quatre : Disciple missionnaire pour tous
Des dirigeants laïcs comme James Duol Kai, du Soudan du Sud, dont le foyer est devenu un centre de prière et de catéchèse, ont illustré le quatrième pilier : le disciple missionnaire pour chaque personne baptisée. Le Congrès a souligné que la mission n'est plus le seul domaine du clergé. Elle comprend maintenant la gérance de l'environnement, la catéchèse intergénérationnelle et le renouvellement paroissial. Parmi les mesures pratiques, on peut citer la révision des programmes de formation et l ' intégration des femmes aux postes de direction.
Au-delà des piliers fondamentaux
La vision s'étend à dix autres priorités, dont :
Évangélisation écologique : Promouvoir le nettoyage environnemental et la sensibilisation des collectivités
Autonomisation des jeunes: Préparer les jeunes à des rôles de leadership
Justice, paix et développement rural: Renforcer les groupes d'action catholique et revitaliser les communautés touchées par les conflits
œcuménisme et interreligieux Dialogue: Construire des ponts avec les pentecôtistes, les évangéliques et les croyances traditionnelles
Technologie et éthique: Guider l'engagement numérique avec les valeurs issues de l'Évangile
L'éducation en tant que catalyseur
Le P. Thomas Tchoungi a défié les universités catholiques d'incarner la vision, faisant valoir que l'éducation est la clé pour former des dirigeants qui combinent profondeur intellectuelle, intégrité morale et sensibilité pastorale.
Une feuille de route pour l'avenir
Père Stan Chu Ilo, serviteur coordonnateur de PACTPAN, a décrit cette vision comme « la première véritable feuille de route pour l'Église et la société africaines ». Il a souligné qu'il était conçu pour être mesurable et adaptable localement. « Ce que l'on mesure se fait », a-t-il déclaré, demandant une mise en oeuvre et un suivi rigoureux. Le Père Ilo a ajouté : « Seule l'Église catholique en Afrique est capable de changer l'Afrique parce qu'elle est mieux organisée. Ce n'est pas du triomphalisme mais du réalisme."
Il a appelé les catholiques à travers le continent à lire le document de vision, à prier pour lui, et à travailler à sa réalisation—des communautés paroissiales aux plateformes mondiales.
Un appel à l'action
La vision de 25 ans est ambitieuse mais fondée—interdisciplinaire, fondé sur des données probantes et culturellement adapté. Il appelle à la participation populaire, à l'appropriation locale et à l'expérimentation audacieuse. Si elle est appliquée fidèlement, les chefs religieux croient qu'elle pourrait catalyser la transformation de l'Afrique—spirituellement, économiquement et socialement—tout en offrant au monde un témoignage vivant de foi enraciné dans le service.
Le Congrès s'est conclu par une prière pour que l'Église africaine devienne, selon les paroles du Pape Benoît XVI, « un poumon spirituel pour une humanité en crise ».
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