Le Carême est tout sur l'abondance: Faire place à la grâce de la vie saturée

Une expérience peut avoir le pouvoir épistémique de la perturbation, permettant une nouvelle façon de voir ce qui est devenu familier dans nos vies. Cette réflexion offre quelques idées sur une expérience qui a initié une nouvelle façon de voir le Carême, une que je vous invite à explorer avec moi. Le deuxième dimanche de Carême, 2026, j'ai eu le plaisir d'adorer à Saint Brendan la paroisse Navigator située à Cummings, en Géorgie. En marchant dans cette belle église, on remarque immédiatement son espace. Tout a l'air neuf. Pourtant, ce qui dérangeait le plus l'imagination, c'est que ce dimanche était le vingt-cinquième anniversaire de la paroisse. Un des évêques auxiliaires d'Atlanta, le révérend John Nhan Tran, ainsi que deux prêtres, dont le pasteur, et deux diacres, ont servi comme ministres à la liturgie. La cérémonie avait une garde honorifique des Chevaliers de Colomb. L'église était pleine.

Ce qui était le plus intéressant à observer, c'était le nombre d'enfants qui jouent, pleurent et parlent une langue que seuls les enfants et Dieu peuvent comprendre. Observant les différentes générations d'humains rassemblées, on remarque un sentiment d'abondance définissant l'espace et la saison. C'était pourtant le deuxième dimanche du Carême. Comment l'abondance peut-elle être associée au Carême?

"Lent n'est jamais une réalité qui se tient à elle-même, elle indique une relation d'abondance avec un Dieu radicalement défini par la vie saturée."
— SimonMary Asese Aihiokhai

Trop souvent, nous sommes faits pour penser que le Carême c'est tout pour lâcher prise. Il s'agit d'un tournant vers l'aridité, la pénitence, le sacrifice et la frugalité comme source de connexion spirituelle avec Dieu. Le premier dimanche de Carême, nous sommes même confrontés à la lecture de l'Évangile qui situe Jésus dans le désert, supportant ses tentations symboliques aux mains du diable après un jeûne de quarante jours. Dans cette optique, on peut facilement conclure que l'abondance et le Carême sont deux réalités contradictoires.

Mais nous oublions de demander: à quoi sert le Carême? Le carême n'est jamais une réalité autonome. Il indique une relation d'abondance avec un Dieu qui est radicalement défini par la vie saturée.

Deux motifs majeurs que le Carême évoque reflètent l'abondance. D'abord, le désert, vu superficiellement, évoque un sentiment d'aridité. Un regard de plus près révèle un lieu d'abondance qui se manifeste comme la résilience de la vie. Le désert est spacieux. Il accueille tous ceux qui cherchent à y entrer sans discrimination. Les créatures qui vivent dans le désert sont radicalement définies par la résilience existentielle. Ils endurent même face aux difficultés. Leur existence est un rappel à tous que la vie est toujours enracinée dans l'abondance quand la résilience est embrassée comme une vertu existentielle.

« Le désert et le printemps révèlent tous deux la même vérité : la vie persiste et prospère même là où la rareté semble régner. »
— SimonMary Asese Aihiokhai

Deuxièmement, il n'est pas accidentel que l'Église localise la saison du Carême dans la saison naturelle du printemps. Le printemps respire la vie en abondance. Les plantes se réveillent du sommeil de l'hiver. Les animaux émergent des grottes d'hibernation. Quand on regarde autour d'un environnement pendant le Carême, on remarque la beauté de la vie dans toutes ses manifestations. C'est pendant cette période que l'Église s'invite à aller dans un domaine plus profond de conscience spirituelle et de solidarité avec tous dans le monde de Dieu. Ce sentiment de solidarité n'est pas destiné à s'éloigner de l'abondance que la nature révèle. Il s'agit plutôt de s'y pencher et de montrer que les sacrifices que nous embrassons durant cette saison visent à évoquer la solidarité de l'abondance avec le Dieu de l'abondance, qui se révèle par l'abondance inhérente à la nature.

Revenant à mon expérience à Saint Brendan la paroisse Navigator à Cummings, Géorgie, la tapisserie de la communauté parle de ce que Dieu nous invite à vivre pendant le Carême. Nous sommes invités à adopter une vision polyphonique qui nous permet de voir non seulement ce que nous connaissons. On nous demande de voir l'inconnu ; une vision qui est destinée à perturber notre imagination afin que la grâce saturée de la vie puisse être reçue et partagée avec tous. Les enfants qui criaient, qui jouaient du son et qui faisaient du bruit ont offert leur propre message homélitique en même temps que celui offert par Mgr Tran pour nous rappeler que tout engagement sermonnel avec la Parole de Dieu devrait servir de médiateur pour rappeler qui est Dieu, le Dieu de la vie saturée. Les enfants sont une expression concrète de la vie saturée orientée vers de nombreuses possibilités. De même, la Parole de Dieu sert de médiateur à la vie saturée qui oriente ses auditeurs vers plusieurs voies pour manifester ce don de Dieu dans le monde.

L'abondance non seulement nous relie à une vie saturée, mais perturbe aussi notre imagination. Il a la capacité d'évoquer en nous une conscience de beauté. Tout comme le désert qui nous invite à embrasser sa propre beauté, qui est momentanée par un chemin différent, dans ce cas, c'est par l'existence résiliente de tout ce qui vit dans le désert, la saison printanière est saturée de beauté. La nature nous invite à rencontrer son contenu à travers les couleurs éblouissantes et variées de toutes les créatures qu'elle nourrit. Ces deux motifs, intimement liés au Carême, nous rappellent de voir le Carême comme un temps de pratique d'une façon de vivre qui exagère l'abondance. Dans ce cas, c'est la grâce de la vie saturée.

"Recevoir la grâce de la vie saturée pendant le Carême, c'est s'éveiller à la solidarité avec ceux dont la vie est marquée par la violence, le déplacement et la souffrance."
— SimonMary Asese Aihiokhai

La vie saturée comme un don qui reflète l'abondance, que Dieu rend possible, a aussi une base éthique. En tant que chrétiens qui prennent au sérieux la réalité du Carême, notre étreinte de la vie doit évoquer en nous aussi la conscience de solidarité avec tous ceux qui ne vivent pas la vie saturée dans leur propre contexte social. Je suis particulièrement conscient du fait que le peuple palestinien a été rendu sans abri en raison de la récente guerre entre le Hamas et Israël. Je suis conscient des souffrances du peuple soudanais qui subit un génocide culturel aux mains de milices terroristes motivées par la haine idéologique. Je suis conscient des victimes de violences commises par des bergers au Nigéria. Je suis également conscient des victimes civiles de la guerre en cours entre l'Iran, les États-Unis et Israël. En tant que bénéficiaires de la vie saturée, qui est médiée par l'abondance du Carême, nos sacrifices durant cette saison peuvent mettre fin à la violence dans ces régions et dans le monde entier. Dans un esprit de solidarité, que notre appel à la paix soit décisif pour qu'à la fin du Carême, nous puissions tous recueillir les fruits de la vie saturée que la grâce du Carême aide à médiateurr. Joyeux Carême !

Auteur

  • SimonMary Aese Aihiokhai, Ph.D., est professeur titulaire de théologie (systémique) et d'études religieuses, et professeur affilié d'études ethniques à l'Université de Portland.

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