Retour à Dieu: Le Pape Léon XIV, Mercredi des Cendres, et la signification spirituelle du Carême

Fidèle après avoir été frottée de cendres sur son front pendant le mercredi des Cendres à la Basilique Sainte Famille, le 6 mars 2019. Photo: Kanyiri Wahito / Nouvelles de Nairobi.

Souvenez-vous que vous êtes poussière, et que vous retournerez à la poussière. Repentez-vous et croyez à l'Évangile."

La liturgie du mercredi des Cendres place devant l'Église une vérité à la fois sobre et profondément libératrice. Souviens-toi que tu es poussière. L'humanité est poussière—fini, vulnérable, dépendant radicalement de Dieu. Pourtant, cette incomplétude n'est pas un défaut dans notre humanité. C'est son ouverture. Notre fragilité n'est pas une malédiction; c'est l'espace même où la grâce peut habiter. La limitation humaine, à juste titre acceptée, devient un seuil de transcendance.

La limitation humaine, à juste titre acceptée, devient un seuil de transcendance. »
— Le Président

Dieu ne nous rencontre pas dans nos illusions d'autosuffisance, mais au plus profond de notre pauvreté.—où nous savons que nous avons besoin de miséricorde, de sens et d'ultime. Nous sommes en effet terriens, marqués par l'urgence et la faiblesse. Pourtant cette poussière est adressée par Dieu. Elle est appelée à la repentance. Il est invité à y croire. Les cendres ne se contentent pas d'annoncer la mortalité; elles annoncent la relation. Ils proclament que le Carême n'est pas une saison d'autocondamnation mais une saison de retour—retour à Celui dans lequel nos vies ont commencé et vers qui elles sont finalement dirigées.

Message du Carême du Pape Léon XIV se déroule précisément dans cet horizon de retour. Le carême, écrit-il, est le moment de « remettre le mystère de Dieu au centre de nos vies ». Le retour à Dieu n'est donc pas avant tout la multiplication des dévotions ou l'intensification des performances religieuses. Il s'agit de recentrer. Il s'agit de redécouvrir que Dieu est notre origine et notre destin, la source de sens et l'accomplissement de l'espérance. C'est une redécouverte de l'ancienne grammaire spirituelle de Exitus-restitus: nous sortons de Dieu, et nous retournons à Dieu. Dans cette circulaire sacrée se trouve le rythme et la rime de l'existence.

Il y a quelque chose d'effroyable à contempler notre finitude et notre finalité. Se tenir devant la vérité de nos limites peut nous détacher. Pourtant, dans la foi, cette même vérité devient libératrice. Quand on ose mettre une main dans la main de Dieu, la fragilité ne désespère plus. Ça devient de la confiance. Celui qui nous a formés de la poussière devient notre lumière, notre aide et notre salut. En revenant à Dieu, nous ne diminuons pas notre humanité ; nous la laissons s'accomplir.

Quand Dieu est déplacé du centre, la vie devient fragmentée. Le cœur est consumé par les angoisses, les distractions et le bruit incessant des voix concurrentes. Nous vivons à la surface des choses. Nous oublions qui nous sommes. Les cendres nous rappellent à l'humilité. Ils nous rappellent notre précarité mais aussi notre totale dépendance à la miséricorde divine. En ce sens, le retour n'est pas une régression. C'est la restauration. C'est un retour à la vérité—être de nouveau humain devant Dieu, qui seul peut nous transfigurer et nous transformer par la grâce et l'amour abondant qui coule sans fin de la Croix.

Quand Dieu est déplacé du centre, la vie devient fragmentée."
— Le Président

Le pape Leo structure son message autour de l'écoute. Chaque chemin de conversion, dit-il, commence par permettre à la Parole de Dieu de toucher le cœur. Écouter n'est pas passif. C'est le premier acte d'amour. C'est la volonté de permettre à une autre—finalement Dieu—pour nous adresser et nous transformer. En se révélant à Moïse, le Seigneur déclare: «J'ai entendu le cri de mon peuple.» Le Dieu qui nous appelle à écouter est d'abord le Dieu qui écoute, le Dieu qui libère, le Dieu qui guérit, le Dieu qui sauve, et le Dieu qui nous enseigne et nous montre le chemin, la vérité et la vie.

Pour retourner à Dieu, il faut donc entrer dans le moi intérieur avec courage. Il exige des questions honnêtes. Quel est le faux moi qui nous a empêchés de notre vrai moi? Quelles habitudes, péchés et craintes nous ont éloignés de l'amour? Quelles blessures sont enterrées sous l'occupation et la distraction? L'écoute de la Parole signifie aussi l'écoute de la conscience, de la douleur cachée, de nos péchés et de nos relations brisées, et du murmure tranquille de la grâce qui nous invite à changer et à une nouvelle voie.

Le pape Leo pousse l'écoute au-delà de l'intériorité. La Sainte Écriture enseigne aux croyants à reconnaître et à répondre au « cri de ceux qui sont angoissés et souffrants ». La condition des pauvres est elle-même un cri qui défie les sociétés, les systèmes et même l'Église. Le carême ne peut être réduit à la spiritualité privée. Le retour à Dieu doit s'ouvrir à la solidarité. Écouter Dieu La Parole est d'entendre les blessés mais aussi d'écouter cet enfant intérieur en nous qui cherche désespérément à être entendu et à être nourri. Rencontrer la miséricorde divine, c'est devenir un agent de miséricorde.

Le jeûne émerge dans cette lumière comme une discipline du désir. Ce n'est pas une privation arbitraire. C'est une façon de reconnaître ce que nous avons vraiment faim. Les êtres humains pratiquent déjà des formes de discipline dans la vie quotidienne—s'abstenir pour la santé, l'entraînement, ou la protestation. Le Carême invite ces gestes naturels à être embrassés pour des raisons spirituelles. Quand les croyants jeûnent, ils confessent leur dépendance. Ils reconnaissent que la vie n'est pas soutenue par le pain seul, mais par Dieu.

En s'inspirant de saint Augustin, le pape Léon rappelle à l'Église que la faim élargit l'âme. La faim et la soif de justice dans cette vie est d'étirer le cœur vers son accomplissement dans la prochaine. Le jeûne purifie l'appétit et redirige le désir vers ce qui satisfait vraiment. Il libère le désir de la complaisance et de la tyrannie de la gratification immédiate. Bien vécu, le jeûne élargit l'humanité. Elle augmente la capacité de Dieu et de son prochain.

Le Pape propose une forme remarquablement contemporaine de jeûne : l'abstinence des mots qui blessent. À une époque marquée par un discours sévère, une polarisation et une agression numérique, l'appel au désarmement du langage devient profondément évangélique. Se soustraire à la calomnie, au jugement irréfléchi, aux ragots, aux faux témoignages et aux propos humiliants est lui-même un sacrifice de Carême. C'est une façon de retourner à l'amour. Les mots peuvent construire ou détruire la communion. Jeûner d'un langage nuisible, c'est permettre à l'espoir et à la paix de prendre racine là où le ressentiment s'est développé. C'est aussi permettre à la Parole de vie de vraiment prendre chair dans nos cœurs, nos maisons et dans le monde.

Cette purification de la parole révèle que la conversion n'est pas simplement interne. Ça touche les relations. Elle remodele les familles, les paroisses, les communautés et le discours public. Le retour à Dieu doit guérir les fractures que le péché a introduites dans l'interaction humaine, en particulier par des paroles nuisibles et trompeuses. Il doit restaurer la capacité de voir la bonté dans les autres et la beauté dans le monde et la beauté transmise par des paroles aimables.

Le carême se déroule également comme un pèlerinage communal. Les Écritures rappellent comment le peuple s'est réuni pour écouter la Loi et jeûner ensemble afin de renouveler son alliance. La conversion n'est donc pas une réalisation isolée. Elle concerne la qualité de la vie partagée. Les paroisses et les familles sont invitées à devenir des espaces où le cri des pauvres trouve l'accueil et où l'écoute attentive ouvre des chemins vers la libération. Le voyage vers Jérusalem est parcouru ensemble.

Au cœur de ce voyage se trouvent les vertus théologiques. La prière exprime la foi—une confiance dans la providence divine. Le jeûne incarne l'espoir—un désir étiré vers l'accomplissement. Almsgiving manifeste l'amour—le don de soi s'étend jusqu'à ce qu'il blesse, modelé après le sacrifice de l'Agneau qui a été tué. Ce ne sont pas des obligations asservissantes, mais des opportunités gracieuses. Ce sont les pratiques ordinaires par lesquelles les croyants coopèrent avec Dieu transformant l'amour.

Le chemin du Carême, comme le suggère le Pape Léon, mène avec le Christ vers le mystère de sa passion, de sa mort et de sa résurrection. Le retour à Dieu est finalement un retour à ce rythme pascal. C'est une volonté de laisser mourir le mensonge, de laisser l'orgueil s'humilier, de laisser la peur s'abandonner, afin que la vie nouvelle puisse émerger. Les cendres tracent le signe de la croix sur les fronts fragiles, rappelant aux croyants que la poussière est destinée à la gloire.

Le Carême est donc la grâce. C'est une marche sacrée où l'amour sans restriction de Dieu rencontre le désir inextricable de Dieu. Il invite à un retour aux racines, à l'authenticité et à la communion. Elle invite les croyants à écouter plus profondément, à manger plus correctement, à parler plus doucement et à aimer plus généreusement. En revenant à Dieu, on ne se perd pas. On se retrouve guéri, étendu et réorienté vers Celui qui est à la fois le commencement et la fin. La poussière touchée par la miséricorde devient le lieu d'habitation de l'espérance. Et le voyage de quarante jours devient une porte dans la présence libératrice et salvatrice de Dieu. Puissions-nous voyager ensemble avec le Seigneur et entre nous à la fête pascale préparée pour nous à Pâques—un avant-goût de ce qui nous attend quand notre pèlerinage terrestre est fait.

En revenant à Dieu, on ne se perd pas. On se retrouve—guéri, étendu et réorienté vers Celui qui est à la fois le commencement et la fin."
— Le Président

Auteur

  • Stan Chu Ilo est professeur principal de recherche sur la christianité mondiale, les études africaines et la santé mondiale au Centre pour le catholicisme mondial et la théologie interculturelle de l'Université DePaul, et le responsable du Réseau panafricain catholique de théologie et de pastorale.

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