
Résumé
En mission au cœur du Sahel, entre défis sécuritaires, crises humanitaires et espérance chrétienne, le nouveau nonce apostolique au Burkina Faso et au Niger, Son Excellence Éric Suiviguidi, partage sa vision pastorale.
Dans cet entretien accordé à VoiceAfrique – Catholic News Analysis, il revient sur sa mission, les réalités du terrain et l’appel à une Église toujours plus proche des plus vulnérables.
Accueillir la mission dans la foi
VoiceAfrique: Votre récente nomination comme nonce apostolique au Burkina Faso et au Niger vous place au cœur d’un front pastoral parmi les plus délicats de l’Église. Dans quelles dispositions intérieures avez-vous accueilli cette mission, et quelle vision souhaitez-vous y porter?Son Excellence (SE) Éric Suiviguidi :
Lorsque l’Église vous appelle à une mission, on l’accueille d’abord dans la foi. Certes, la mission qui m’est confiée n’est ni simple ni facile, mais je l’ai reçue avec confiance. C’est d’ailleurs pour cela que j’ai choisi comme devise : « Il est fidèle, celui qui vous appelle ».
Je me suis disposé à vivre cette mission en communion avec les Églises locales. Les évêques, les prêtres, les agents pastoraux, les religieux, les religieuses et les laïcs sont les premiers acteurs de la vie pastorale.
Face aux nombreux défis au Burkina Faso et au Niger, leur résilience est pour moi une lumière, un véritable signe d’espérance. Mon rôle est de les accompagner, de les soutenir et de fortifier cette espérance.
Une Église au cœur de l’épreuve
VoiceAfrique: L’insécurité et le terrorisme marquent profondément la vie des populations. En quoi ces réalités redéfinissent-elles la mission de l’Église?SE Éric Suiviguidi :
L’Église au Niger, comme dans d’autres pays de la sous-région, traverse une période particulièrement difficile. Nous puisons dans l’expérience de nos aînés pour vivre cette situation, en la confiant au Seigneur et en demandant la grâce de la traverser avec sérénité.
Pour les agents pastoraux, le défi est immense. Ils vivent eux-mêmes des situations traumatisantes, tout en étant appelés à apporter réconfort, confiance et paix aux fidèles.
Cela exige une grande proximité et un véritable dépassement de soi : porter la souffrance des autres tout en affrontant la sienne.
Au Burkina Faso, j’ai vu des paroisses et des communautés religieuses visiter les camps de déplacés, soutenir les familles, offrir écoute, prière et accompagnement psychologique. Dans ces contextes de douleur, la proximité pastorale est essentielle.
Une Église en sortie, malgré les limites
VoiceAfrique: Le pape François appelle à une “Église en sortie”. Comment cette vision peut-elle s’incarner concrètement dans votre contexte?SE Éric Suiviguidi :
Les populations doivent ressentir la proximité de l’Église, non seulement pour les conduire à la foi, mais aussi pour leur révéler l’amour de Dieu.
Nous devons être réellement une Église en sortie. Les fidèles ne viendront pas toujours spontanément, surtout dans des contextes où les catholiques sont minoritaires.
J’ai visité une paroisse où certains villages sont situés à plus de 10 kilomètres. Se rendre à la messe représente un coût important pour les familles. Avec davantage de prêtres et de moyens, il serait possible de rapprocher les lieux de culte.
Mais les défis restent réels : manque de prêtres, ressources limitées. Il nous faut donc réfléchir à des moyens concrets pour rester proches des fidèles malgré ces contraintes.
Servir les pauvres avec amour
VoiceAfrique: Comment l’Église peut-elle incarner concrètement l’option préférentielle pour les pauvres ?SE Éric Suiviguidi:
Jésus a dit : “Les pauvres, vous en aurez toujours avec vous”. Le service des pauvres est essentiel, mais il doit être vécu par amour pour le Christ.
Nous sommes appelés à prendre soin de nos frères et sœurs dans le besoin avec un cœur habité par cet amour.
Dialogue et réconciliation
VoiceAfrique: Dans un contexte marqué par les divisions, comment promouvoir le dialogue, la justice et la paix ?SE Éric Suiviguidi:
Pour construire la réconciliation, il est nécessaire de dépasser les blessures du passé. Ce n’est pas facile, mais en tant que chrétiens, nous sommes appelés à répondre à tout par l’amour.
Même face à la violence ou à la polarisation, nous devons proposer un langage de fraternité.
J’ai été témoin de belles initiatives de dialogue, notamment avec la communauté musulmane. J’ai, par exemple, été invité à une prière de fin de Ramadan. Cela montre qu’il est possible de construire des ponts.
Tout serviteur de Dieu est un artisan de réconciliation.
Espérance au cœur de la crise
VoiceAfrique: Face aux déplacements massifs et à la crise humanitaire, où voyez-vous des signes d’espérance?SE Éric Suiviguidi:
Il y a de nombreux déplacés internes, et l’Église s’efforce de créer des lieux de culte, d’éducation et d’accompagnement.
Les catéchistes, parfois au péril de leur vie, continuent d’annoncer l’Évangile. Certains ont donné leur vie : ce sont de véritables martyrs.
Le fait que la foi demeure vivante au cœur de la crise est un grand signe d’espérance.
La vocation missionnaire aujourd’hui
VoiceAfrique: Comment encourager davantage de prêtres à s’engager dans ces missions difficiles?SE Éric Suiviguidi:
On ne peut pas contraindre quelqu’un à être missionnaire dans un contexte aussi exigeant. Il faut une véritable vocation, une passion et une force intérieure.
Envoyer quelqu’un dans un environnement qu’il ne peut supporter peut le briser. Il est donc essentiel d’identifier ceux qui ont cet appel missionnaire et de les accompagner.
Un message aux fidèles
VoiceAfrique: Quel message souhaitez-vous adresser aux prêtres, aux religieux et aux fidèles ?SE Éric Suiviguidi:
Je les encourage vivement. Ce sont des témoins courageux du Christ.
Je prie pour qu’ils reçoivent la force de l’Esprit Saint et la protection de la Vierge Marie. Il y a une grande joie à se donner à Dieu, même dans le risque. Cela montre que l’on aime Dieu plus que soi-même.
Que le Seigneur ravive en chacun l’ardeur des débuts.
Conclusion:Dans un contexte marqué par l’épreuve, cet appel à la foi, à la proximité et à la mission résonne comme un témoignage puissant d’espérance.
Au Burkina Faso comme au Niger, l’Église continue d’avancer — portée par la fidélité de ses pasteurs et le courage discret de ses fidèles.

