
Cardinal Fridolin Ambongo Besungu, Président du SECAM, avec les Prélats du CELAM et des Conférences épiscopales mondiales FABC/Sud (Crédit photo: secam.org)
Au milieu de la montée des mers et de la chaleur record, la crise climatique de l'Afrique est la définition de l'injustice de notre temps, un acte moral profond exigeant justice, et non la charité, des nations riches.
Dans un monde de mers montantes et de chaleur record, l'Afrique est un continent de contrastes moraux. Ici, les sécheresses ravagent les terres agricoles et les cyclones, alimentés par les émissions mondiales, déchirent les communautés côtières. Ce sont les scènes qui définissent l'acte d'accusation moral récemment publié par le Symposium des Conférences épiscopales d'Afrique et de Madagascar (SECAM). Ce n'est pas seulement une déclaration politique; c'est une urgence éthique et spirituelle profonde qui recadre la crise climatique non pas comme un défi scientifique mais comme la définition de l'injustice de notre temps.
Un changement radical : du plaidoyer au principe
Au cœur de ce message puissant se trouve un changement radical de plaidoyer au principe. SECAM rejette catégoriquement le paradigme condescendant de l'Afrique en tant que destinataire passif de solutions conçues par l'Occident. Au contraire, elle insiste sur le fait que le continent doit être l'architecte complet de son avenir écologique. Cette vision n'est pas aspirationnelle; elle est opérationnelle, enracinée dans les connaissances autochtones dynamiques des communautés rurales qui servent de laboratoires d'écologie intégrale. Cela se traduit par une action tangible, comme investir dans l'énergie solaire décentralisée, qui fait plus que réduire le carbone; il crée des emplois, autonomise les communautés et les libère de la pauvreté énergétique à leurs propres conditions.
Condamner les « fausses solutions » et exiger la justice
Dans le langage de la mer, les évêques condamnent les fausses solutions de compensations nuisibles et de projets d'extraction qui priorisent le profit sur les gens, tels que les plans de compensation du carbone qui permettent aux nations riches de continuer à polluer. Ils exacerbent une culture globale de gestes vides, de paraître inquiets mais de ne pas apporter de changements substantiels et exigent le courage de dépasser les excuses et d'abandonner les combustibles fossiles de manière décisive.
Leur argument le plus convaincant est une demande sans équivoque de justice, et non de charité. Selon les évêques, les nations riches doivent une dette écologique due depuis longtemps. Ce n'est pas une remise, c'est une forme de réparation. L'opérationnalisation immédiate du fonds de pertes et dommages n'est pas un acte de générosité mais une obligation solennelle, le remboursement légitime d'une dette mesurée par des vies effacées, des moyens de subsistance détruits et des futurs volés par une crise que l'Afrique n'a pas créé. De façon cruciale, ils mettent en garde contre l'injustice de l'endettement des nations par des prêts déguisés en aide, une pratique qui aggrave la crise qu'elle prétend résoudre.
Un nouveau mécanisme de responsabilisation
SECAM s'engage à créer un Observatoire ecclésial sur la justice climatique est un coup de maître stratégique. Elle fait passer l'Église de la prophétie à la pratique, créant un mécanisme inébranlable pour amener les gouvernements et les institutions à rendre des comptes, en veillant à ce que les promesses faites dans les salles de conférence lointaines se traduisent en actions pour les plus vulnérables.
Conclusion : L'histoire est à l'écoute
Fondée sur les enseignements de l'encyclique Laudato Si. (2015) sur le soin de notre maison commune et de Laudate Deum, cette déclaration considère l'Afrique non pas comme une victime mais comme un leader moral aux yeux clairs. Il offre une voie de transformation construite sur l'énergie communautaire, l'agriculture régénératrice et la véritable conversion écologique.
La voix morale puissante d'Afrique a parlé avec clarté et courage. Le monde a épuisé ses excuses, mais une question demeure : Avons-nous l'intégrité collective pour répondre à cet appel avec l'urgence et la justice qu'il exige, ou laisserons-nous l'histoire nous souvenir de nous comme de la génération qui a choisi l'indifférence? Il est temps d'agir.

