
Depuis sa nomination le 15 août 2025 par le Pape Léon XIV comme nonce apostolique auprès du Burkina Faso et son ordination en tant qu’évêque le 15 novembre 2025, Monseigneur Éric Soviguidi a présenté sa lettre de créance à Son Excellence le Capitaine Ibrahim Traoré, Président du Burkina Faso, le 5 décembre 2025. Sa visite auprès du roi suprême des Mossé, le Mogho Naaba, le 19 mai 2026, a suscité plusieurs réactions, tant sur le fond que sur la forme.
En effet, sur les photographies prises lors de sa visite, le nonce est agenouillé devant le roi, conformément à la tradition du peuple mossé. Pour rappel, le Mogho Naaba Baongo, Roi des Mossé, incarne l’autorité coutumière et demeure le gardien des traditions mossé ainsi qu’une figure influente et respectée de la vie culturelle et politique du Burkina Faso.
“L’Église catholique respecte toujours les cultures et les manières de faire locales lorsqu’elles ne sont pas contraires à l’Évangile.”
Dans une posture de révérence marquée par des gestes traduisant le respect et l’humilité, le nonce apostolique a présenté ses civilités à Sa Majesté le Mogho Naaba. Dans de nombreuses cultures africaines, notamment au Burkina Faso, s’agenouiller, se décoiffer ou s’abaisser devant un chef traditionnel constitue une marque culturelle de respect, d’honneur et de reconnaissance de l’autorité sociale. En saluant le Roi par des gestes forts d’humilité, Monseigneur Éric Soviguidi rappelle que l’Église catholique respecte toujours les cultures et les manières de faire locales, surtout lorsqu’elles ne sont pas contraires à l’Évangile, notamment les valeurs africaines traditionnelles du respect de l’autorité et de l’acceptation de l’autre dans la différence. La visite du nonce apostolique réaffirme ainsi l’attachement de l’Église au dialogue, à l’ouverture, à la proximité et à la paix avec toutes et tous.
Les images de cette visite donnent deux grandes leçons spirituelles et humaines : l’humilité et le respect. Le nonce a déclaré devant le Roi : « Le pape m’a envoyé servir et le représenter auprès du Burkina Faso (…) j’ai souhaité vous rencontrer dans votre palais, vous présenter mes civilités et vous dire que je suis sur votre terre, demander de prier pour ma mission et de m’accompagner dans la mission que le Saint-Père m’a confiée. » Cet extrait de son message dévoile les valeurs auxquelles il est attaché : la collaboration, le respect, l’humilité et la fraternité.
Au cours de sa visite, Son Excellence Monseigneur Éric Soviguidi a remercié le Mogho Naaba pour sa contribution à la paix et à la cohésion sociale. En effet, dans l’histoire sociopolitique du Burkina Faso, le Mogho Naaba a souvent élevé la voix en faveur de l’apaisement des conflits et participé à des médiations afin de garantir la paix et la stabilité entre différents acteurs au sommet de l’État burkinabè.
“Cette visite illustre une diplomatie du Saint-Siège fondée sur la proximité, l’écoute et la construction de la paix. ”
Par ailleurs, depuis son arrivée au Burkina Faso en qualité de nonce apostolique, les différentes interventions du représentant du Saint-Siège laissent transparaître sa vision et les valeurs qu’il promeut. À l’occasion de la fête musulmane du Ramadan célébrée le 20 mars 2026, il était à la tête d’une délégation composée de ses collaborateurs ainsi que de l’Archevêque de Ouagadougou, Monseigneur Prosper Kontiébo. À cette occasion, il a tenu un discours axé sur la promotion du dialogue interreligieux, empreint de solidarité et de fraternité, rappelant l’importance de marcher ensemble pour militer en faveur du bien commun, de la paix et de la cohésion sociale.
Les crises que traverse le Burkina Faso, ainsi que les nombreux défis du Sahel en général, peuvent également trouver une réponse dans la promotion des valeurs du vivre-ensemble et de l’acceptation mutuelle de la différence. La paix prêchée par l’exemple a souvent plus d’écho dans le cœur des hommes que les enseignements théoriques sans œuvres. À la lecture des différentes prises de parole du nonce apostolique, son engagement à bâtir des ponts entre les religions et les communautés transparaît clairement et constitue un modèle pour un vivre-ensemble harmonieux.
Dans un contexte sahélien marqué par la violence, les fractures identitaires et les tensions sociopolitiques, cette visite revêt également une portée diplomatique et symbolique importante. À travers des gestes d’humilité, de respect des traditions locales et de dialogue avec les autorités coutumières, le nonce apostolique illustre une diplomatie du Saint-Siège fondée sur la proximité, l’écoute et la construction de la paix. Cette rencontre avec le Mogho Naaba rappelle que les ressources culturelles africaines, lorsqu’elles sont valorisées dans le respect mutuel, peuvent contribuer à la réconciliation sociale et à la stabilisation durable du Sahel.
“Les ressources culturelles africaines peuvent contribuer à la réconciliation sociale et à la stabilisation durable du Sahel. ”
Saluée par la population burkinabè, la visite du nonce au Mogho Naaba a notamment permis de capturer des images et des messages forts en faveur de l’éducation à la paix et à la cohésion sociale. Les chrétiens et les personnes de bonne volonté sont ainsi invités à aller au-delà de leurs limites et à avoir le courage d’accepter et de collaborer continuellement avec l’autre, dans le respect de la différence, pour construire une société de paix durable. Et toutes et tous seront heureux d’être appelés fils de Dieu (cf. Matthieu 5,9).

