Rapport du Centre des congrès de Kigali – 31 juillet 2025
Kigali — A l'église Regina Pacis de Kigali, sous le regard de Marie, Reine de la Paix, la 20ème Assemblée plénière du Symposium des Conférences épiscopales d'Afrique et de Madagascar (SECAM) s'ouvre par une messe solennelle présidée par le cardinal Peter Appiah Turkson, Chancelier des Académies pontificales des sciences et des sciences sociales. Son homélie profondément émouvante a rappelé un chapitre douloureux de l'histoire de l'Afrique et de l'Église tout en présentant une vision d'avenir pleine d'espoir.
La prédication devant une assemblée de 13 cardinaux, 102 évêques, 72 prêtres, 39 sœurs et plus de 300 fidèles laïcs, ainsi que des délégués de toute l'Afrique et au-delà, le cardinal Turkson a invoqué la mémoire du génocide rwandais de 1994—une tragédie qui s'est déroulée au cours de l'année même où le premier Synode africain a proclamé l'Église en Afrique comme « la famille de Dieu ».
« Même à la fin de ce synode historique, rappelle le prélat du Vatican, l'Afrique vit à la fois l'espoir et le chagrin. » Réflexion sur le Synode de la célébration joyeuse de la fin de l'apartheid en Afrique du Sud, il a ajouté sobrement, "Mais cette même année a été témoin de l'horrible génocide au Rwanda, la terre même où nous sommes réunis aujourd'hui."
C'était un moment poignant. Le silence de la basilique fait écho à la douleur d'un continent encore aux prises avec les blessures du conflit, de la guerre et de l'injustice. Avec une sensibilité pastorale et une profondeur théologique, le cardinal Turkson a qualifié une vérité douloureuse qui continue de hanter l'Église africaine : "Nous avons une fois échoué le Seigneur dans le pays, Rwanda."
Mais l'homélie était loin d'être une lamentation seule. C'était un appel à la conversion—personnel, ecclésial et continental. S'inspirant du récit évangélique des disciples rencontrant le Christ ressuscité en Galilée, le cardinal a comparé l'Assemblée SECAM à un rassemblement similaire.—un peuple convoqué par le Seigneur ressuscité et envoyé avec une mission renouvelée.
«Si ce message est vital pour le salut, défia-t-il l'assemblée, comment les gens l'entendront-ils si quelqu'un n'est pas envoyé pour le proclamer?»
Au cœur de son homélie se trouvaient deux messages interconnectés : une réaffirmation de l'identité de l'Église africaine comme « la famille de Dieu » et un appel à renouveler l'Evangile de réconciliation, de justice et de paix.
Turkson a exhorté les évêques africains et les agents pastoraux à reprendre la vision ecclésiale audacieuse née du synode de 1994. Cette vision—de l'Église en tant que famille enracinée dans la communion, l'entraide et la responsabilité—reste aussi urgent aujourd'hui que jamais. Mais il ne peut pas être sentimentalisé. Elle doit être vécue dans la vérité, la justice et la guérison.
« Vivre comme l'Église-Famille de Dieu, dit Turkson, c'est être en bonne relation avec Dieu et entre eux. Cela signifie reconnaître Dieu comme notre Père, l'Eglise comme notre Mère, et l'autre comme frères et sœurs. »
Cette identité familiale, a-t-il averti, impose une obligation morale et spirituelle aux chrétiens africains de faire face aux fractures au sein de leurs communautés, nations et même au sein de l'Église. Elle appelle à une spiritualité de réconciliation enracinée dans le mystère pascal—la vie, la mort et la résurrection du Christ qui guérit toutes les blessures.
Le Cardinal a rappelé l'héritage du Pape Jean-Paul II, qui a initié l'idée d'un deuxième Synode africain centré sur la guérison des blessures du conflit. Bien que Jean-Paul II soit mort avant de réaliser ce rêve, son successeur, le pape Benoît XVI, l'a porté à son terme en 2009 avec le deuxième Synode pour l'Afrique, sur le thème « L'Église en Afrique au service de la réconciliation, de la justice et de la paix ».
Maintenant, le cardinal Turkson a exhorté SECAM à revenir à cette vision—avec une urgence renouvelée. « Parce que nous sommes humains et que nous nous faisons souvent du mal les uns aux autres », a-t-il dit, « nous avons constamment besoin de guérir et de réparer nos relations ».
De cette façon, la Plénière du SECAM n'est pas seulement une conférence, mais un moment liturgique et ecclésial.—une montagne de rencontre, comme la Galilée, où Christ a rencontré ses disciples hésitants et fidèles. Ici aussi, le Seigneur ressuscité vient à son Église africaine—blessé, plein d'espoir et prêt à être envoyé à nouveau.
Turkson a souligné que la réconciliation ne doit pas rester un vague idéal mais doit prendre corps dans des actions concrètes—rétablir les relations, faire face à l'injustice et instaurer la paix dans les familles, les diocèses, les communautés et les nations.
« La réconciliation nous permet de guérir les liens brisés, dit-il, et grâce à cette guérison, nous sommes appelés à vivre en justice et en paix. »
Dans cette Assemblée jubilaire, le SECAM trace un nouveau chemin pour l'Eglise en Afrique de 2025 à 2050. À sa fondation, Turkson a souligné, doit être la reconnaissance que les blessures d'Afrique sont aussi les blessures de l'Eglise—et les guérir est une partie essentielle de sa mission.
Comme il a conclu, le cardinal Turkson a prié que l'Eucharistie célébrée au cœur de cette assemblée nourrirait tous les présents de la grâce pour devenir «serviteurs de réconciliation, de justice et de paix».
À Kigali—une ville qui portait autrefois les cicatrices de la violence génocidaire mais qui s'élève maintenant comme symbole de résilience et de renouveau—les mots sonnaient d'urgence prophétique. L'Eglise en Afrique, a affirmé Turkson, doit non seulement se souvenir de son passé, mais répondre aux exigences du présent.
« Nous avons déjà échoué au Rwanda », a-t-il dit en substance. "Ne le perdons plus."


2 commentaires
This i think is a sure way of getting some vital info concerning the church in Africa. Thanks!
Le message du cardinal est profond et mérite d’être suivi avec un plan d’action concret. En tant que agent de la pastorale et agent de changement. Le message mois interpelle toute et tous
Merci pour la brillante analyse de son message