
Alors que la violence, les enlèvements et les déplacements continuent de menacer des millions de personnes dans le nord du Nigéria, les communautés religieuses se trouvent à la croisée des chemins de la peur et de la résilience. Dans cette interview exclusive, Voix Afrique parle avec La plupart des Révérends Dr Gerald Musa, Evêque du diocèse catholique de Katsina — l'une des régions les plus touchées par l'insécurité. L'évêque réfléchit sur la mission de l'Église au milieu de la violence, de l'endurance de la foi et de la voie difficile vers la paix, la justice et la réconciliation.
Voix Afrique :
Seigneur, comment décririez-vous la question de l'insécurité dans votre diocèse ? A-t-elle été améliorée récemment ou aggravée?
Mgr Musa:
L'insécurité dans la région de Katsina s'est aggravée au cours de la dernière décennie. Nous sommes confrontés à une augmentation des enlèvements pour rançon, des raids sur les villages, le bruissement du bétail et des attaques occasionnelles contre les rassemblements religieux. Au niveau régional, le Nord-Ouest a connu des milliers d'incidents violents ces dernières années. À l'échelle nationale, plus de deux millions de personnes déplacées à l'intérieur du pays continuent d'être tuées par des civils dans les États touchés.
Dans notre diocèse, des communautés agricoles entières ont fui vers les villes, les paroisses ne peuvent se réunir librement la nuit et les écoles ont été contraintes de fermer. Imaginez un marché où, un par un, les stands continuent à fermer parce que les vendeurs ont peur de venir — Bientôt, le marché disparaîtra.
Voix Afrique :
Dans quelle mesure cela a-t-il affecté la vie pastorale dans votre diocèse? Quel est le sort des fidèles, en particulier ceux qui vivent dans les villages et l'arrière-pays?
Mgr Musa:
La vie pastorale a été sévèrement tendue. Certaines de nos communautés religieuses rurales sont gravement touchées. Les villageois souffrent le plus du manque de personnel de sécurité.
Nous sommes profondément préoccupés par le fait que de nombreuses personnes perdent leurs terres agricoles, que les écoles ferment, que des enfants sont envoyés à des parents éloignés et que les familles vivent dans des milieux de personnes déplacées, sans ou sans soins pastoraux. Les prêtres passent beaucoup de temps à offrir des soins d'urgence et des conseils en trauma.
L'une de nos églises dans un poste de travail a été complètement désertée parce que le village se trouve le long d'un itinéraire utilisé par les bandits, et le peuple a subi de nombreuses pertes. Une église sans gens est comme une lanterne sans huile — Il semble entier mais ne donne pas de lumière.
Alors que les gens ont gardé leur foi, beaucoup ont émigré dans les villes voisines pour la sécurité.
Voix Afrique :
Récemment, le sénateur américain Ted Cruz a déclaré que les chrétiens sont des cibles principales délibérées pour le génocide au Nigeria, citant les réalités dans les États du Nord et du Centre Nord. Que pensez-vous de cette déclaration ?
Mgr Musa:
De nombreuses communautés chrétiennes, en particulier dans la ceinture moyenne et dans d'autres parties du Nord, ont été fortement victimisées et attaquées dans des incidents qui semblent les cibler. Dans le même temps, la violence au Nigéria a plusieurs moteurs — Le crime, le banditisme, les conflits fonciers et le militantisme islamiste. Chaque incident n'est pas motivé uniquement par la religion.
Le sénateur Cruz exprime l'angoisse ressentie par de nombreuses victimes; sa déclaration reflète une réalité douloureuse dans de nombreuses localités. Toutefois, nous devons continuer à insister pour que les enquêtes soient claires afin de déterminer le motif et la responsabilité dans chaque cas.
Voix Afrique :
Le 12 mars 2025, Mgr Wilfred Chikpa Anagbe a témoigné devant la commission des affaires étrangères de la Chambre des États-Unis, décrivant les souffrances et le déplacement de son peuple et exhortant la Maison Blanche à désigner le Nigéria comme pays particulièrement préoccupant. Quelle est la réalité à travers le Nord ? Y a - t - il un ciblage délibéré des chrétiens, bien que l'insécurité affecte tous?
Mgr Musa:
Mgr Anagbe a parlé d'une expérience douloureuse; son témoignage reflète la souffrance réelle et le déplacement massif. Dans l'ensemble du Nord, nous voyons des modèles où les villages chrétiens, le clergé et les églises sont fréquemment victimes, en particulier dans les régions où les communautés sont majoritairement chrétiennes.
Cependant, l'insécurité affecte aussi de nombreuses communautés musulmanes par des enlèvements, des attaques de bandits et des affrontements communautaires. Dans certains points chauds, les attaques ont une coloration sectaire; dans d'autres, elles sont criminelles ou motivées par les ressources.
Ce qui est incontestable, c'est le coût humain et le besoin urgent de justice.
Voix Afrique :
Le gouvernement nigérian a été accusé de traiter l'insécurité avec des gants pour enfants. Pensez-vous que la transparence et la responsabilité se sont améliorées?
Mgr Musa:
Certaines améliorations ont été apportées aux rapports et aux actions militaires, mais la responsabilité réelle reste faible. Les familles sont toujours à la recherche de réponses sur les proches disparus, de nombreuses attaques ne font jamais l'objet d'enquêtes et très peu d'auteurs sont traduits en justice.
Pour que la paix dure, le gouvernement doit assurer une protection uniforme, mener des enquêtes ouvertes et garantir des procès équitables. — Pas seulement émettre des déclarations ou prendre des mesures occasionnelles. Le progrès est petit et dispersé, mais pas suffisant. C'est comme donner des médicaments sans d'abord découvrir la vraie maladie; le patient ne va pas bien.
Voix Afrique :
Existe-t-il des initiatives entre les dirigeants chrétiens et musulmans du Nord pour lutter contre la pauvreté et l'ignorance chez les jeunes et les enfants sans abri?—facteurs qui poussent les jeunes vers les groupes extrémistes—comme approche pastorale du problème? Dans quelle mesure cette insécurité a-t-elle uni chrétiens et musulmans, qui sont tous deux victimes de l'extrémisme?
Mgr Musa:
Les plus grandes initiatives que j'observe sont plus informelles que formelles et se produisent souvent entre des membres de la famille et des amis de différentes confessions. Les dirigeants chrétiens et musulmans s'expriment de plus en plus d'une voix sur le sort des enfants almajiri, travaillant avec les ONG pour les réintégrer dans l'éducation formelle et réduire leur vulnérabilité au recrutement extrémiste.
Ces initiatives de base montrent que lorsque les dirigeants travaillent ensemble à l'éducation et aux moyens de subsistance, les jeunes se voient offrir l'espoir au-delà de la violence. Quand deux voisins partagent un bien, les deux étouffent la soif de leurs enfants.
Dans de nombreux endroits, oui — La souffrance a créé la solidarité. J'ai vu des voisins musulmans abriter des familles chrétiennes, et des communautés chrétiennes accueillent des victimes musulmanes. J'ai aussi vu des musulmans assister à des mariages et des sépultures chrétiens, et vice versa. Mais l'unité est fragile et doit être nourrie par la justice et la bonne gouvernance; sinon, la peur et la suspicion peuvent facilement être régénérées par les opportunistes.
Voix Afrique :
Quel message d'espoir pouvez-vous donner aux Nigérians qui se sentent impuissants et abandonnés face à la montée de la violence?
Mgr Musa:
Nous sommes avec les souffrances, les déplacés et les blessés — dans la prière et dans l'aide pratique. La foi enseigne que même dans la nuit la plus sombre, l'aube viendra. Notre appel est d'être cette aube pour les autres — par la prière, le service, la défense et la reconstruction des patients.
Quand la nuit semble sans fin, rappelez-vous: la lampe que vous tenez peut conduire un voisin à la sécurité. Lumière.

